Le Journal de Pierre Wittmann

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Extraits du Journal 3

Sur cette page

Tahiti, juillet 1988

Mac Léod Ganj, Inde, octobre 1988

Kopan Gompa, Népal, novembre 1988

Ces textes sont des extraits du Jardin de la libération (Journal 1988)

Télécharger Le jardin de la libération.


Tahiti, juillet 1988 

Dure journée, pourtant bien commencée à 4h par deux heures de méditation. À 10h, ils sont venus chercher les cartons, deux malabars tahitiens, peu soigneux, qui ont entassé les cartons dans une caisse provisoire, si bien que j'ai pris les tableaux et les cartons fragiles dans la voiture. À 13h30, je suis allé à la Sat Nui. Avec un autre malabar très gentil et beaucoup plus soigneux, nous avons transvasé les cartons dans une première caisse, mais elle était trop petite — sans ce que j'ai rajouté au dernier moment, tout serait probablement rentré. Il a pris alors une grosse caisse de bois brut de 3 m³ et tout y est rentré sans problème. J'aurais même pu y ajouter encore un demi m³ de choses inutiles. La caisse est solidement clouée et attend le bateau, le Canada, qui partira le 25 juillet. Moi, j'attends la facture qui va certainement être salée, enfin ce sera le prix de mon mauvais karma.

Je dois passer à la mairie de Faaa chercher un certificat de déménagement pour la douane. Cela m'inquiète un peu et j'ai passé quelques heures douloureuses à chercher dans mon esprit tous les problèmes potentiels. Finalement, je me suis assis une demi-heure pour méditer, ça m'a bien calmé et je pense que le yoga achèvera de me ramener à un état d'esprit normal.

Je ressens très fortement le poids de mon karma, une souffrance causée par l'acquisition de biens matériels et par mon attachement à ceux-ci, puisque je veux les garder au lieu de les liquider, les donner ou les vendre. Et tous ces fardeaux vont me suivre à Musiège, il y aura le dédouanement, la livraison, le déballage, le rangement… jusqu'au prochain déménagement.

En fait, chaque fois qu'on achète quelque chose, on crée du karma, pas les choses qu'on consomme comme la nourriture, mais les choses qui restent comme les livres. Il faudrait les donner une fois qu'on les a lus. C'est comme les fournitures de peinture, j'en ai de grosses réserves que je n'utiliserai peut-être jamais ou qui ne correspondront plus à mes besoins futurs, mais que j'utiliserai peut-être quand même pour ne pas gaspiller et acheter autre chose.

Pourtant, cet après-midi, j'ai encore acheté un livre, je ne peux pas résister à ma gourmandise de lecture. Je n'ai pas encore appris ma leçon. Pourtant je fais des progrès et j'en ferai sans doute encore, car ces souffrances me marquent, elles ont au moins ça de positif. Peut-être que j'ai besoin d'une longue période de voyages et de vie monastique pour comprendre que je peux très bien vivre sans tous ces objets matériels, mais avec seulement quelques habits.

Je devrais cesser aussi de garder des copies des lettres. Comme je n'ai plus de photocopieuse — car elle est finalement aussi rentrée dans la caisse — j'ai la flemme d'aller faire des copies en ville, comme quand je suis en voyage. Je devrais aussi cesser de faire des photos pour ne plus avoir ces cartons remplis de photos que je ne regarde jamais. Et les tableaux, à moins de les vendre ou de les donner, ils s'accumulent aussi. C'est à peu près tout : livres, tableaux, papiers, photos, matériels de peinture, appareils divers. Mais ça fait quand même 3 m³ !

Il faut que je me mette sérieusement à l'école du détachement si je veux cesser de souffrir, me sentir libre et léger, sans attaches ni fardeaux ! Pratiquer le wu wei, la sagesse des taoïstes, rien faire, rien acheter, rien créer, pas écrire, pas même parler, pas penser non plus, seulement vivre dans le présent ! Alors tous les problèmes s'évanouissent…

  

Mac Léod Ganj, Inde, octobre 1988

Situé à 1800 mètres d'altitude, à 8 km au-dessus de Dharamsala, Mac Léod Ganj est le village où réside le Dalaï Lama. Il est perché sur une colline avec d'un côté des forêts de conifères et de l'autre une vue magnifique sur les contreforts de l'Himalaya et de petits villages agrippés à flanc de coteaux. Il fait un temps superbe : froid la nuit et chaud la journée. Depuis ma petite chambre du Green Hôtel, je contemple les derniers rayons du soleil sur les montagnes en attendant le lever de la pleine lune.

Passé aujourd'hui une très bonne journée — qu'il a fallu mériter — car celle d'hier fut plutôt dure. Levé à 5h du matin pour prendre le bus de Dharamsala à 6h45, un vieux bus brinquebalant, bondé. J'avais une place réservée à la fenêtre, la place 34, mais malheureusement c'était celle qui est sur les roues, si bien que j'avais mes gros souliers de marche sur le garde-boue, à la hauteur du siège et les genoux sous le menton, et nous étions trois sur la banquette. À ma gauche un tout petit Indien mais qui prenait beaucoup de place, ou plutôt qui se serrait contre moi. Je me suis même demandé à un moment s'il n'allait pas s'asseoir sur mes genoux.

Heureusement, toutes les deux ou trois heures, on s'arrêtait pour faire pipi, boire et manger, ce qui me permettait de me dégourdir les jambes. Le chauffeur était très excité et conduisait comme un fou, klaxonnant presque sans arrêt et dépassant même lorsque quelqu'un venait en face. Si c'était une voiture, elle n'avait qu'à se ranger sur le bas-côté, si c'était un camion, il faisait une queue de poisson au camion qu'il dépassait et se rabattait de justesse en passant à quelques millimètres de celui qui venait en face. Enfin, c'est comme ça dans ce pays et il faut bien s'y faire !

Nous avons voyagé dans la belle campagne indienne, avec ses routes bordées d'arbres, les scènes de la vie champêtre, calmes et paisibles et celles, plus animées, des petits bourgs. Vers midi, nous avons traversé Chandigarh, ville moderne formée de vastes secteurs séparés par de larges avenues et de grands giratoires aux croisements. Mais je n'ai pas vu les constructions du Corbusier. La route est ensuite devenue plus étroite, plus sinueuse et aussi plus cahoteuse, si bien que je commençais à avoir les fesses en purée. Patience et endurance me disais-je, et je n'étais pas le plus mal loti car plusieurs personnes voyageaient debout. Vers le milieu de l'après-midi, je vis un écriteau : Dharamsala 119 km. Ouf ! me dis-je, nous sommes bientôt arrivés. Je ne me doutais pas qu'il nous restait encore plus de cinq heures de route.

On arrivait dans la montagne et la route devenait sinueuse, étroite et de plus en plus mauvaise. Nous avons franchi un long col, la route avait été refaite mais avec des talus trop verticaux qui s'étaient écroulés si bien que nous étions obligés d'emprunter la vieille route et de rouler sur les éboulis.

Le chauffeur s'excitait de plus en plus et conduisait à toute vitesse. Nous étions tellement secoués et projetés de part et d'autre que plusieurs personnes ont commencé à être malades et à vomir. Le bus s'arrêtait dans chaque village pour charger ou décharger de nouveaux passagers qui voyageaient tous debout. Finalement, à mesure que nous nous rapprochions du but, le car se vidait un peu et je pouvais enfin commencer à me desserrer.

Mais les kilomètres ne diminuaient pas vite et, comme il faisait nuit, je ne pouvais même pas contempler le paysage. Un moine tibétain avec qui j'avais déjà discuté me dit enfin que nous étions presque arrivés, il restait 18 km. Plus qu'une petite heure. Mes habits et mes mains étaient sales comme ceux d'un charbonnier. Finalement, nous sommes arrivés à 20h30. Le moine m'avait conseillé de prendre un autre bus pour faire les 8 km jusqu'à Mac Léod Ganj où il y a, m'a-t-il dit, beaucoup d'hôtels.

Après une demi-heure d'attente dans le nouveau bus, départ avec un chauffeur frais et excité pour les 8 km de lacets qui restaient. Arrivé dans l'air frais du soir, je marche encore dix minutes jusqu'à un hôtel qui me semblait être le meilleur de l'endroit et je rêvais déjà d'une bonne douche chaude ou même d'un bain pour me décrasser et d'un lit douillet. L'hôtel était plein. Je redescends au village et en fait trois autres qui sont pleins aussi. Tout est complet, me dit-on, le Dalaï Lama est là et demain il y a la fête de la pleine lune. Mais c'était le dernier bus et il ne redescend à Dharamsala que demain matin à 5h.

Finalement, dans un bistrot, une Américaine m'indique une pension où il y aurait peut-être de la place. La réception était déjà fermée et on me dit que c'est complet aussi.

Je sors avec un Japonais qui était dans le même cas que moi. Fais deux autres pensions en vain et finalement retourne voir dans la première si l'on pouvait mieux me renseigner. Alors, deux filles me disent que dans leur chambre, qui est un dortoir, un lit semble libre, bien que deux moines l'ont peut-être réservé, mais ils n'ont pas laissé leurs affaires. Bien sûr, pensé-je, les moines ne sont pas censés avoir des affaires. Enfin, puisque ce lit était libre pour l'instant, je m'y installe tout habillé — car il n'y avait pas de couverture et il ne faisait pas chaud. Après un moment, les deux autres locataires et les deux filles viennent se coucher.

Je somnolais déjà quand le patron de l'établissement arrive avec un moine, allume la lumière et me demande ce que je fais là. Je ne bronche pas et l'une des filles dit que ce lit était libre et que je l'ai pris. Heureusement, plein de compassion, le moine n'a pas insisté et est ressorti avec le patron. J'étais bon et finalement j'ai très bien dormi sur mon lit de planches, m'emmitouflant tant bien que mal dans le mince matelas qui le recouvrait.

Ce matin, j'étais debout à 6h30 et suis parti explorer le village et les environs dans les premiers rayons du soleil. J'ai bu un thé sur une petite terrasse puis, vers 8h, ai pris un copieux petit déjeuner de pain complet et de fromage à l'ail. Là, trois hippies genevois m'ont conseillé d'aller voir au Green Hôtel où une charmante petite Tibétaine m'a proposé une chambre avec une belle vue pour 30 roupies. Le dortoir de la veille, lui, m'avait coûté 10 roupies. Les toilettes sont au bout de la coursive et la douche glacée au fond du jardin. Ce n'est pas trop sale et j'ai deux lits et une petite table pour écrire. Les murs sont peints en vert et, pour deux roupies supplémentaires, on m'a donné deux couvertures. Le luxe ! 


* * * 

Parti à 8h ce matin pour une grande excursion en suivant le chemin que j'avais déjà emprunté deux fois. Arrivé là où je m'étais arrêté, j'ai eu un spectacle étonnant : une vingtaine d'aigles survolaient un petit alpage où les montagnards avaient rassemblé leurs moutons pour les tondre. Les choucas noirs qui rodaient aussi dans les environs semblaient minuscules à côté. Ils descendaient en planant et se posaient dans des buissons situés en contrebas. Peut-être y avait-il un animal mort ? Les paysans, quant à eux, empêchaient les moutons de s'éloigner du troupeau.

Après deux heures et quart de montée, je suis arrivé sur la crête. Il y une petite pension, Triund, où un groupe d'écoliers tibétains étaient venus passer le week-end. L'un d'eux m'a indiqué un chemin qui continuait et que j'ai suivi jusqu'à un plateau de verts pâturages où le garçon m'a dit qu'il restait souvent des névés et que l'on pouvait y faire du ski. Sur le chemin, il y avait une chapelle hindoue entourée de gerbes de tridents et, devant, deux Indiens étaient occupés à plumer un petit aigle qu'ils avaient égorgé. Je n'ai pas compris le sens de cet acte barbare, peut-être était-ce un rite religieux. Je ne pense pas qu'ils voulaient le manger.

Depuis l'alpage, le sentier continuait jusqu'à un sommet avec une chapelle blanche que j'avais repéré depuis en bas. J'ai continué jusque-là, longeant une large crête sur laquelle s'étendaient de maigres pâturages où les moutons doivent paître pendant l'été. L'air était plus frais et, dans les endroits ombragés, il y avait encore de la gelée blanche. J'ai traversé un petit bois et, après une heure et demie de marche depuis la pension, je suis arrivé au sommet.

C'est le plus haut sommet encore vert, il doit être à environ 3500 mètres d'altitude. Il y a une vue superbe sur la vallée de Dharamsala et sur la haute chaîne rocheuse de Dhauladhar qui barre la vue du côté nord. À côté de la petite chapelle hindoue, des bannières tibétaines sont suspendues à de longs fils tendus entre des pieux de bois. Selon la croyance tibétaine, le vent qui les fait flotter récite inlassablement les prières qui y sont imprimées.

Suis resté un petit moment au soleil, à l'abri d'un rocher, ai mangé une banane et une orange et me suis imprégné de la paix et du silence en laissant mes yeux parcourir les monts et les vallées qui s'étendaient à perte de vue devant moi. Une heure pour descendre jusqu'à la pension où j'ai mangé mon casse-croûte de pain et de fromage, puis encore deux heures jusqu'à Mac Léod Ganj. J'ai dû réduire un peu mon allure dans les endroits escarpés et rocailleux car mon pied était moins sûr et j'ai failli tomber deux fois. Quelle joie en arrivant de boire un jus de mangue et de manger un des délicieux yogourts du café Darjeeling !

  

Kopan Gompa, Népal, novembre 1988 

Depuis deux jours, j'ai lu le livre Echoes of Voidness, de Gueshe Rabten et j'ai aussi commencé à penser et à méditer sur le sujet du non-soi et de la vacuité avec déjà, semble-t-il, d'assez bons résultats.

Il faut dire que, jusqu'à présent, si j'avais une assez bonne compréhension de l'impermanence et de la souffrance, je ne comprenais pas très bien la notion du non-soi. Hier, en plus, un nouveau lama a commencé à enseigné sur le sujet du Sutra du cœur, et je lis pendant le thé une brochure de Lama Yéshé sur le mahamudra, le grand sceau, qui traite aussi du même sujet.

Ai remarqué avec satisfaction, dans la troisième partie de Echoes of Voidness sur la technique de la méditation, qu'à part les préliminaires typiquement tibétains, la méditation elle-même ressemble beaucoup à ce que j'ai appris dans le zen et à Suan Mokkh.

La deuxième partie, qui expose la démarche logique pour comprendre le vide d'existence inhérente des phénomènes et du soi n'est pas toujours facile à suivre. C'est le plus souvent une réfutation des vues contraires, c'est-à-dire une démonstration par l'absurde.

À partir de toutes ces informations, j'ai essayé de me faire ma propre idée sur cette notion de non-soi, particulièrement le matin entre 8 et 9, lorsque je médite au soleil sur le somment de la colline. Je suis parti de l'impermanence, de l'interdépendance des phénomènes et de la loi de cause à effet. Chaque phénomène, au moment où on le perçoit, n'est qu'une projection, une image, dans le plan du présent, d'un processus changeant et continu. C'est ce que l'on perçoit quand on parvient à ne voir que la vision ou à n'entendre que le son, sans sensation, sans qualification, sans jugement. Cette image est irréelle, comme celle d'un paysage nocturne à la lueur d'un éclair ou d'un flash ou comme un arrêt sur image d'un film. Elle ne correspond pas à la réalité qui est l'ensemble du processus dans le temps. En fait, elle correspond à un autre niveau de réalité dans une dimension d'ordre inférieur.

Le deuxième sujet sur lequel j'ai médité est le fait que tout objet, personne ou phénomène, est composé d'éléments dont il dépend. Chacun de ces éléments étant lui-même composé d'éléments, l'assemblage de ces éléments et l'existence de chacun des éléments de ces éléments sont les conditions de causes multiples, et cela à l'infini.

On ne peut trouver à ce processus ni commencement ni limite dans l'espace. Cette idée rejoindrait, à mon avis, deux notions du bouddhisme tibétain : le continuum de la conscience qui n'a pas de commencement et le fait que tous les êtres ont été notre mère dans le passé. On ne peut donc trouver aucun élément fixe sur lequel baser une existence indépendante. Même les particules élémentaires dépendent d'autres particules et de conditions pour se situer à un endroit donné à un moment donné, et cela sans commencement. Car même si l'on pense au début de l'univers, à la théorie du big bang, la matière ou l'énergie qui a commencé son expansion à ce moment-là a bien été conditionnée par une autre forme de matière ou d'énergie.

La troisième condition qui participe à « l'apparition » d'un phénomène est la présence de l'observateur. Celui-ci perçoit l'image présente — du phénomène qui apparaît — et cette image est conditionnée tout autant par les caractéristiques physiques et mentales des agrégats de l'observateur que par celles de l'objet extérieur perçu, puisque ceux-ci ont les mêmes caractéristiques vues précédemment. C'est pourquoi deux personnes n'auront jamais tout à fait la même perception d'un objet. Parfois elle sera même complètement différente. Nos cinq agrégats sont formés d'un nombre infini d'éléments physiques et d'informations, qui dépendent de causes multiples et qui changent sans cesse. Ainsi deux visions successives d'un même objet ne seront jamais complètement identiques car l'objet et l'observateur ont tous deux changé entre l'une et l'autre, même si ce n'est seulement que par l'action d'une vision sur la suivante. Cependant, comme ces changements sont souvent peu apparents, si on n'observe pas l'objet et l'observateur avec beaucoup d'attention, on a tendance à croire que l'un et l'autre sont permanents et existent de façon inhérente.

Depuis hier, je m'efforce de garder le plus souvent possible un peu d'espace, un certain recul, entre mes perceptions et les objets perçus, et parviens ainsi à ne pas réagir automatiquement, mais à rester attentif au contact et à le dissocier de la sensation pour briser la chaîne des origines interdépendantes qui donnent naissance à l'existence du soi. Il faut que je continue à méditer sur le sujet des origines interdépendantes, qui me semble aussi être une des bases de la compréhension du non-soi.

Cette petite réflexion m'a permis, depuis hier, de réduire mon agressivité envers les gens et leurs comportements, que je perçois maintenant comme des phénomènes dont ils ne sont eux-même pas responsables, mais qui sont le résultat de la rencontre de causes accumulées chez eux et chez moi. En fait, l'expérience est un nouveau phénomène où l'objet et son observateur sont unis et inséparables, ne sont qu'un, un qui est, lui aussi, vide d'existence inhérente.

J'ai compris aussi une autre chose par rapport à certains aspects de l'enseignement tibétain que j'avais de la peine à accepter, c'est que le système de pratique utilise le faux soi — qui n'existe pas de façon ultime, mais existe néanmoins de façon relative pour celui qui croit à son existence — pour nous pousser à progresser sur la voie grâce aux motivations qu'il s'engage à prendre, les mérites qu'on lui promet et les attitudes positives qu'on lui fait adopter pour remplacer ses attitudes négatives. Il nous sert aussi à nous protéger des dangers, des agressions et des risques de mort.

Un être éveillé, qui a réalisé le non-soi, n'a plus besoin de motivations, car il perçoit la vraie nature des phénomènes et agit donc spontanément selon les lois de la nature en faisant ce qui est approprié, il n'attend aucun mérite pour ses actions et agit forcément avec bodhicitta, puisqu'il n'agit plus pour défendre son soi inexistant. Il est comme le soleil qui offre ses rayons à tous les êtres sans discrimination.

Les êtres ordinaires, trompés par cette fausse perception d'eux-mêmes et des autres phénomènes, agissent selon une loi de la nature déformée en conséquence, la loi du karma. Quand ils réussissent à percevoir la réalité, cette distorsion — qu'explique bien Gurdjieff — disparaît, et ils suivent la vraie loi de la nature, la loi de cause à effet, comme un arbre, un caillou, une vague, un nuage ou le soleil. C'est le wu wei, se laisser porter par le courant de la vie au lieu de nager à contre-courant, comme nous essayons tous de faire. Ainsi nous ne souffrons plus, nous ne faisons plus de mal aux autres, mais nous les aidons tous sans discrimination. Nous jouons notre rôle dans la nature et nos actions ont des conséquences infinies sur tous les êtres et tous les phénomènes avec lesquels nous sommes en relation d'interdépendance.

Avant de pouvoir mettre cela en pratique, il faut détruire l'inertie des mauvaises habitudes. Ce n'est pas facile, mais je reprends courage et je sens que suis sorti du trou noir de ces dernières semaines. Mais jusqu'à quand ?

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